La Zero SR de Zero Motorcycles est la citadine parfaite, à un détail près

La Zero SR est la moto électrique urbaine accessible aux permis A2 de la gamme de Zero Motorcycles. Elle bat tout le monde, sauf sur un point.

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

Zero SR Zero Motorcycles

Si vous hésitez à acheter une moto électrique, vous serez bien inspirés d’acheter une Zero Motorcycles (Zero SR ou pas). Car ils existent depuis plus de 10 ans, et qu’on peut leur faire confiance.

Mais si vous voulez savoir à quoi ressemble la concurrence, j’ai classé toutes les motos électriques de plus de 11 kW dans un article, pour voir si l’une d’entre elles se détachait.

Spoiler : oui.

Re-spoiler : malgré tous ses efforts, ce n’est pas la Zero SR.

Elle souffre d’un trop gros défaut qui lui coûte très cher à côté de la concurrence.

Des performances folles mais une recharge d’escargot

  • Puissance moteur : 22 kW en continu, 52 kW en pic (permis A2)
  • Couple moteur : 146 Nm
  • Vitesse maximale : 163 km/h
  • Temps de passage de 0 à 100 km/h : 3,3 secondes
  • Capacité batterie : 14,4 kWh
  • Temps de recharge :  588 minutes (0-95%)
  • Autonomie : 288 km en ville, 175 km sur nationale, 145 km sur autoroute
  • Poids : 188 kg
  • Empattement : 1410 mm
  • Angle de chasse : 24°

L’interprétation de la moto urbaine par Zero Motorcycles est une bombe.

La raison est simple, et c’est la même que pour tous les autres modèles de Zero Motorcycles : ils jouent avec les mots, et ils jouent avec la législation.

En effet, sans entrer dans les détails, ils affirment que le moteur installé sur la Zero SR déploie une puissance de 22 kW.

Ce qui veut dire que sur la carte grise, la puissance de la Zero SR est de 22 kW. 

Après un rapide calcul de tête, on en conclue que la Zero SR est accessible aux titulaires du permis A2, car sa puissance est inférieure à 35 kW. Et quand on vérifie sur le site de Zero Motorcycles, bingo, elle est bien accessible aux jeunes motards.

Mais c’est ici que l’équipe juridique de Zero Motorcycles est forte.

Car elle a noté, par je ne sais quel trait de génie, qu’il existait un essai de caractérisation de puissance des moteurs électriques qui leur était très favorable. Car cet essai consiste à mettre le moteur à plein régime pendant 30 minutes, pour ensuite mesurer la puissance disponible.

À ce jeu, le moteur chauffe et perd de la puissance, nécessairement. Et dans ces conditions, le moteur de la Zero SR affiche une puissance de 22 kW.

Mais dans les moteurs électriques, ce qui doit réellement compter, c’est la puissance maximale en conditions normales. C’est-à-dire la puissance maximale que le moteur peut atteindre lorsqu’on l’alimente dans des conditions normales.

Car de mémoire de motard, il m’arrive très rarement de garder la poignée droite en butée pendant 30 minutes consécutives. Alors qu’alimenter le moteur en conditions normales, c’est… normal.

D’ailleurs, c’est la puissance nominale que tous (sans exception) les autres constructeurs de motos électriques écrivent sur la carte grise. Il n’y a que Zero Motorcycles qui s’amuse à ça.

Mais le jeu en vaut la chandelle. Puisqu’en réalité, la puissance nominale du moteur de la SR est de 52 kW.

Soit plus de 2 fois supérieure à celle écrite sur la carte grise.

Ils finiront par se faire attraper, c’est certain.

Mais d’ici là, voilà ce qu’il faut retenir : avec la Zero SR, le permis A2 suffit pour rouler sur une petite bombe qui atteint 163 km/h (ce n’est pas si impressionnant mais ça reste joli) et qui franchit le 0 à 100 en 3,3 secondes (ça, c’est impressionnant).

À titre de comparaison, la Ducati 998 R 2002 (une sportive de 139 chevaux = 102 kW), met 3,2 secondes pour bondir de 0 à 100 km/h.

Autrement dit, une petite citadine toute mignonne tient la dragée haute à une sportive taillée pour fuser aussi vite que permis.

C’est un exploit impensable pour une moto accessible au permis A2. Et ça rend la Zero SR parfaitement intouchable pour toutes les autres motos de sa catégorie (électriques ou thermiques).

Du reste, c’est très classique.

La géométrie est exactement ce qu’on attend d’une moto urbaine : un empattement court de 1410 mm et un angle de chasse compact de 24°. C’est parfaitement cohérent, et c’est la preuve d’une conception maîtrisée qui n’a pas peur de trancher.

Même constat pour l’autonomie de 288 km en ville et de 175 km de nationale.

C’est modeste à côté des motos thermiques équivalentes, ce n’est pas la plus belle autonomie parmi les motos électriques, mais c’est largement suffisant dans un usage quotidien

La Zero SR ne laisse aucune place au doute : elle veut régner sur le marché des citadines, toutes propulsions confondues.

Jusqu’à ce qu’on lise son temps de recharge.

Il est de plus de 9 heures.

Aucune charge rapide sur le modèle standard. C’est 9 fois supérieur à ce que fait la concurrence. Et à ce niveau, c’est impardonnable.

La note plombée de ses performances par rapport à la concurrence : 3,38/5 (alors qu’elle méritait un 5/5).

Un design de roadster

Le design de la Zero SR est un peu plus plat que ses performances.

Elle affiche en effet une esthétique parfaitement banale de roadster (tout comme la Zero S et la SR/F). Rien n’est donc trop saillant, tout est à peu près arrondi et les couleurs ne sont pas très parlantes.

C’est la philosophie des roadsters : passer inaperçu.

Sur ce point, c’est réussi.

Manque de chance, l’absence totale de vrombissement de la SR la rend moins caméléon que ce que son design laisse espérer.

Mais d’autre part, ce n’est pas si bête. Ça lui permet de s’intégrer au paysage, de ne pas choquer les sensibles et de n’attirer l’attention que par l’étonnement face au son cotonneux qu’elle produit.

La note de son design, qui n’est pas si basse car il reste assez pertinent : 3,5/5.

La Zero SR répond à un usage citadin, avec exemplarité

La Zero SR est une citadine.

De la même manière que la Zero FX est une off-road, l’usage de ce modèle est limpide.

Elle ne s’en cache donc pas, et la lecture de ses caractéristiques ne peut que nous en convaincre :

  • sa puissance est suffisante pour se sortir des faux-pas que réserve la ville, sans être non plus trop impétueuse afin de ne pas cabrer à chaque accélération ;
  • son couple est constant sur une grande plage de régimes, ce qui lui permet d’offrir une reprise régulière dans toutes les situations de la vie quotidienne ;
  • sa géométrie est citadine, autant que celle de la Fiat 500 l’est ;
  • son design est celui d’un roadster, à l’instar de 90% des motos qui roulent dans nos villes ;
  • et par chance, son temps de recharge éléphantesque n’est pas un problème en ville car il suffit de la faire charger la nuit.

D’ailleurs, si la Zero SR est une citadine, elle est aussi capable de rouler en toute sécurité sur les périphériques. Elle est donc polyvalente dans la ville, répondant parfaitement à l’usage quotidien des motards urbains.

La note qui illustre la réussite avec laquelle elle répond à un usage urbain : 4,5/5 (meilleure note de la classe).

Un prix bien au-delà de la concurrence

La Zero SR se vend à 17 840 €.

Ce n’est pas aberrant pour une moto accessible au permis A2, car on sait à quel point les prix sur ce marché explosent.

C’est certes 11 000 € plus cher que la star des permis A2 (la MT-07), mais la Zero SR est objectivement meilleure en tous points que la Yamaha. Et elle n’émet aucun CO2 quand elle roule.

Pour une urbaine, c’est non-négligeable. Ça peut justifier la différence de prix.

Même si objectivement, il faut vouloir les dépenser ces 17 840 €. Sans compter que les autres motos électriques urbaines sont beaucoup moins chères (mais moins performantes).

La note de son prix comparé à celui de la concurrence électrique : 1,94/5 (moins bonne note de la classe).

L’empreinte environnementale de la Zero SR est décevante

  • Technologie du moteur : Brushless
  • Technologie de la batterie : Lithium-ion

Si la Zero SR se sort comme une reine dans les autres axes de cette grille de lecture, elle est beaucoup moins pertinente sur cet axe. En effet, rien ne différencie son empreinte environnementale de celle des autres motos électriques.

C’est dommage, car si ça avait été le cas, elle aurait marché littéralement sur toute la concurrence, d’où qu’elle vienne. 

Manque de chance, elle n’est pas exempte de reproches.

J’en vois deux principaux.

Le premier, c’est son moteur brushless, garni d’aimants permanents au néodyme. Son problème, c’est que le néodyme est une terre rare, synonyme d’extractions minières qui représentent un désastre écologique et social.

Alors qu’il est possible de faire sans aimants en terres rares. Vraiment.

L’autre source de reproches, c’est la batterie au lithium-ion qui utilise très probablement du cobalt et du nickel. Et ce n’est pas une très bonne nouvelle, car les réserves de ces minerais dans nos sols s’épuisent à vue d’œil, et leurs conditions d’extraction ne sont pas non plus exemplaires.

Alors que pour la batterie aussi, il y a des alternatives.

Et elles sont vraiment accessibles.

La note qu’elle mérite : 2/5.

La Zero SR aurait pu être la reine des motos électriques urbaines

Elle récolte une moyenne générale de 3,06/5 : quel dommage !


La Zero SR est parfaitement imbattable, à condition de ne jamais partir en long voyage à cause de la recharge beaucoup trop longue.

Mais si vous n’êtes pas intéressés par ça, vous avez trouvé votre moto électrique urbaine.

Donnez votre avis en un clic