Savic Alpha : un café racer magnifique, mais une sportive fébrile

La Savic Alpha est le modèle le plus puissant de la gamme C-Series de Savic Motorcycles. Et aussi celui que j’aime le moins.

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique — Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

Alpha Savic Motorcycles

Le modèle Savic Alpha fait partie des plusieurs dizaines de motos électriques puissantes (plus de 11 kW) qui existent sur le marché.

Autant dire que parmi cette cacophonie, difficile de se faire un avis clair. J’ai donc décidé d’analyser toutes les motos électriques disponibles, pour les intégrer à un classement aussi objectif que possible.

Vous pouvez le retrouver ici.

Mais avant ça, voyons ce que la Alpha (voilà sa page produit) de Savic Motorcycles a dans le ventre.

Des performances inégales pour la Savic Alpha, mauvais départ

  • Puissance moteur : 60 kW (permis A)
  • Couple moteur : 180 Nm
  • Vitesse maximale : Non communiquée
  • Temps de passage de 0 à 100 km/h : 3,5 secondes
  • Capacité batterie : 11 kWh
  • Temps de recharge : 240 minutes
  • Autonomie : 200 km (profil de conduite non communiqué)
  • Poids : 210 kg
  • Empattement : 1390 mm
  • Angle de chasse : 20-21° (j’ai mesuré cet angle sur les images disponibles car ils ne donnent pas d’informations à son sujet)

La Savic Alpha est la version la plus puissante des motos électriques produites par le constructeur Australien Savic Motorcycles.

J’imagine que c’est pour cette raison qu’ils l’ont appelée « Alpha ». Car voilà, c’est une moto puissante…

Du reste, la Alpha est une sportive assez sérieuse : avec une puissance de 60 kW, elle est certes en retrait par rapport à la SR/F de Zero Motorcycles, mais elle arrive quand même à franchir le 0 à 100 km/h en 3,5 secondes. Pas si loin de la Zero, qui le fait en 3 secondes.

Savic Motorcycles ne donne pas la vitesse maximale de la Alpha, mais il est probable que cette vitesse soit élevée.

À moins qu’ils la brident électroniquement. Difficile de savoir. Mais je parie sur une vitesse de pointe non loin des 200 km/h.

Au rayon des points forts, la Alpha est dotée d’une géométrie de sportive.

Ce qui n’est pas plus mal, car certains concepteurs oublient qu’une géométrie de sportive est nécessaire sur une sportive. Quoi qu’il en soit, l’empattement de 1390 mm et l’angle de chasse de 21° rend la conduite de la Alpha optimale sur circuit.

D’autant que son poids de 210 kg est relativement contenu, ce qui augmente encore plus la maniabilité.

En revanche, l’autonomie de la Alpha est modeste.

Trop modeste ? Là aussi, difficile à dire, car Savic Motorcycles ne précise pas le profil de conduite qui correspond aux 200 km d’autonomie. Mais au regard de la faible capacité de la batterie (11 kWh, c’est assez peu, 12 ou 13 auraient été plus pertinents) je parie sur un profil de conduite citadin. 

Autrement dit, si on nous dit que l’autonomie de la Alpha est de 200 km en ville, il est peu probable qu’elle dépasse 120 km sur nationale. Même si l’autonomie n’est pas le critère numéro 1 des sportives, ça reste faible.

Mais ce n’est pas tout.

Car une autonomie modeste peut être compensée par une recharge façon fusée.

Ce n’est pas le cas, puisque la recharge de la Alpha prend 4 heures. Aucune charge rapide n’est possible.

Pour une citadine, c’est acceptable.

Mais pour une sportive, ça ressemble à l’erreur fatale.

Ainsi, la Alpha est une bonne sportive, mais son autonomie et sa recharge sont un très gros point noir.

J’imagine que c’est le meilleur compromis qu’ils ont trouvé chez Savic pour proposer leur moto au meilleur prix. Il s’agit alors d’en prendre acte : elle n’est vraiment pas faite pour les longs trajets.

La note de ses performances par rapport aux autres motos électriques polyvalentes : 2,38/5 (moins bonne note de la classe).

Un design très convaincant

Nous l’aurons compris, l’onglet des performances n’est pas celui sur lequel la Alpha s’exprime le mieux.

En revanche, c’est une élève modèle sur celui du design.

Mais vraiment modèle. 

Déjà, les 3 modèles de motos électriques produits par Savic Motorcycles ont exactement la même peau.

Ça peut paraître anodin dit comme ça, mais c’est très malin. Car ça permet de concentrer tout le jus créatif sur une seule moto, sans perdre d’énergie à se disperser sur mille modèles (clin d’œil à Zero Motorcycles, c’est de bonne guerre).

J’imagine aussi que ça permet de faire des économies d’échelles, et donc de garantir une qualité de finitions plus élevée que si les 3 modèles avaient un design différent.

Habile.

Mais ce n’est pas tout. Car ce design commun est un drôle de coup de génie.

En effet, vous l’aurez vu avant que je vous le dise, Savic s’est largement inspiré des cafe racers sublimes qui peuplaient les routes anglaises au siècle dernier.

Les références sont multiples : le réservoir chromé, la selle, le vide sous selle, les poignées bracelet, et même une sorte de sabot de moteur.

Donc le design cafe racer serait un coup de génie ?

Oui, exactement.

Car faire un cafe racer aujourd’hui, c’est faire du néo-rétro. Et difficile de trouver un design plus pertinent pour les motos électriques : le rétro leur permet de s’intégrer au paysage avec des courbes harmonieuses, et le néo est évident, car quoi de plus néo qu’une moto électrique ?

Tout ça est vrai.

Mais je n’ai pas fini !

Car il y a un dernier détail : les 3 modèles (Alpha, Delta et Omega, leurs noms m’exaspèrent) affichent des puissances différentes. Les Delta et Omega sont des citadines, quand la Alpha est une sportive. Et pourtant, elles ont exactement le même design.

Logiquement, ça ne devrait pas fonctionner.

Mais justement, ça fonctionne à merveille car le design cafe racer est l’alliance entre le citadin et le sportif.

Rappelez-vous, les cafe racers étaient des motos censées rouler aussi vite que possible dans des courses entre cafés. Autrement dit, c’était des sportives. Et le côté citadin, c’est simplement que ce design est à la mode, beaucoup aimé par les citadins, justement. 

Tout s’aligne.

Je ne sais pas s’ils l’ont fait exprès, mais c’est un très joli coup.

Sa note : 4/5.

L’usage auquel la Savic Alpha répond est mixte (et elle le fait bien)

La Alpha est une sportive.

Elle est donc à utiliser comme une sportive : en roulant vite sur des routes qui permettent de rouler vite. Donc les nationales, les autoroutes, et les petites routes de campagne (à condition de ne pas croiser de jumelles).

De plus, par un hasard incroyable, la géométrie des motos sportives est très proche de celle des citadines. Donc si on ne tourne pas trop sur la poignée, la Alpha se comportera aussi à merveille dans les rues de nos villes.

Autrement dit, la Alpha répond à un usage mixte, quotidien.

Seule impossibilité : elle ne permet pas les voyages.

Vraiment pas.

La note de la pertinence avec laquelle elle répond à un usage mixte : 3,5/5.

Son prix est malheureusement trop élevé

La Alpha se vend à 23 990 $ (soit 20 287 € au cours du 09/10/2020 avec une prévente à 100 $ puis 1 900 $ puis 4 000 $).

C’est le prix de la Zero SR/F.

Pas de chance, la SR/F est objectivement meilleure que la Alpha.

On peut donc dire qu’elle est un peu chère, mais c’est le prix à payer pour posséder une moto d’un nouveau constructeur qui n’a pas encore les capacités de Zero Motorcycles.

Sa note par rapport au prix des motos électriques du même segment : 2,7/5.

Une empreinte environnementale décevante pour la Savic Alpha

  • Technologie du moteur : Brushless
  • Technologie de la batterie : Lithium-ion
  • Autre : « Fabriquée en Australie » mais le moteur vient de Chine…

Je vous invite à aller voir la partie qui est dédiée à l’empreinte environnementale de ses 2 petites sœurs, car celle de la Alpha est strictement la même.

Et par strictement la même, je veux dire qu’elle n’est vraiment pas exemplaire.

La note qu’elle mérite : 2/5.

Bilan : la Savic Alpha est une tentative ratée

En résumé, la Alpha obtient un maigre 2,92/5 en moyenne générale.


La Alpha ressemble à une tentative de la part de Savic Motorcycles de proposer une belle sportive électrique.

Belle, elle l’est.

Pour les performances, c’est moins évident. Car il faut se le dire, son autonomie faible et sa recharge d’escargot sont des tue-l’amour.

La prochaine version sera meilleure, je leur souhaite.

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