Pourquoi la Maeving RM1 pourrait bien bousculer l’hégémonie chinoise sur le marché des motos électriques

La Maeving RM1 a fait beaucoup de tapage dans le monde de la moto électrique. Mais mérite-t-elle autant d’attention ?

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique — Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

maeving-rm1

Si vous vous intéressez à la moto électrique, il est impossible que vous ayez raté la Maeving RM1. Il faut dire qu’elle a enflammé notre petit monde, par ses lignes très séduisantes et son équipe fondatrice constitué « d’experts en conception de cyclomoteurs ».

Comme moi, vous avez donc sans doute été intrigués par son esthétique plus que réussie et par son origine mythique.

Elle a en effet été assemblée à Coventry, la ville qui a vu naître les premières Triumph en 1902.

La Maeving RM1 marche donc sur les épaules d’un géant, plus d’un siècle après lui. Elle n’a par conséquent pas le choix : elle doit montrer qu’elle n’est pas qu’une vulgaire brise marketing, et qu’elle est bien dans la lignée de sa légendaire prédécesseuse.

C’est ce que je vous propose de vérifier ici.

Note : Toutes les caractéristiques que je décrirai dans cette analyse sont celles de la version 125 de la Maeving RM1. Il existe aussi une version 50, qui n’est pas l’objet de cet article.

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La Maeving RM1 affiche des performances timides

  • Puissance moteur maximale : 4,4 kW 
  • Puissance moteur nominale : 3 kW
  • Couple moteur : 160 Nm
  • Couple dans la roue : 160 Nm aussi, car c’est un moteur-roue
  • Vitesse maximale : 72 km/h
  • Capacité batterie : 2,026 kWh (en version double batterie j’imagine)
  • Temps de recharge : 4h10 (0-100%), 2h55 (0-80%)
  • Autonomie : 64 km pour la version mono batterie, 128 km pour la version double batterie
  • Poids : 111 kg pour la version mono batterie
  • Empattement : 1 395 mm

Si tout le monde a parlé de la Maeving RM1, ce n’est certainement pas pour ses performances.

Car il faut le dire, absolument toutes ses caractéristiques techniques sont en-dessous des moyennes du marché. Pire, elles sont mêmes parfois positionnées au dernier rang des caractéristiques qu’on trouve chez les équivalentes 125.

Une première preuve vient du moteur.

C’est un moteur-roue qui développe 4,4 kW de puissance en crête. C’est extrêmement faible pour une équivalente 125. Surtout quand on sait que si on lui enlève seulement 0,4 kW, on entre directement dans la catégorie des équivalentes 50.

La Maeving RM1 est donc à peine plus puissante qu’une équivalente 50. Et d’ailleurs, sans aucune surprise, Maeving propose ce même modèle dans la catégorie inférieure avec une puissance légèrement bridée pour satisfaire la norme en vigueur.

Une deuxième preuve, encore plus douloureuse, vient de la vitesse maximale de cette moto.

Elle est de seulement 72 km/h.

Alors c’est vrai, c’est largement supérieur à ce qu’on peut trouver dans la catégorie des équivalentes 50 puisqu’elles sont légalement limitées à 45 km/h. Mais quand même, 72 km/h pour une équivalente 125, c’est très faible.

On y reviendra bien assez vite, mais ça en dit beaucoup sur l’usage visé par cette moto.

Enfin, au rang des caractéristiques plus que modestes, son autonomie est famélique. Elle est de seulement 64 km en usage urbain si vous optez pour la version la plus accessible, et de 128 km pour la version la plus capacitaire.

Car oui, chose intéressante, la Maeving RM1 est commercialisée en 2 versions :

  • Une version avec une seule batterie ;
  • Et une version avec deux batteries.

D’où l’autonomie qui double entre les deux versions. Pas besoin de vous faire un dessin, la corrélation semble assez évidente comme ça.

Ça, c’était pour les caractéristiques qu’on pourrait qualifier de modestes, ou de sobres.

Mais dans cette moto, il y a d’autres caractéristiques qu’on pourrait qualifier de décevantes cette fois. Car si on peut accepter certaines faiblesses telles qu’une vitesse maximale très basse, il y a certaines faiblesses qu’on pardonne moins.

Par exemple, le temps de charge.

Quand on a une batterie toute petite, on doit pouvoir s’attendre à un temps de charge tout petit, lui aussi. Hélas, ce n’est pas le cas. Car vous devrez sacrifier presque 3h de votre temps pour regarder votre Maeving RM1 se recharger à 80%. Et plus de 4h pour la voir pleinement chargée.

C’est objectivement beaucoup trop, même si ça peut paraître dans les standards du marché.

Il aurait suffi de l’équiper avec un chargeur embarqué (c’est lui qui dicte la puissance de recharge) de 2 kW pour que cette moto se recharge en à peine plus d’une heure. Ça n’aurait pas coûté beaucoup plus cher, et il me semble que ça aurait drastiquement amélioré cette moto.

Mais il n’y a pas que le temps de charge qui déçoit.

Il y a aussi le poids de la Maeving RM1. En version mono batterie, la Maeving RM1 pèse 111 kg. 

À nouveau, on est parfaitement dans la norme de ce qu’on trouve chez les autres équivalentes 125. Mais c’est là le problème : la Maeving RM1 est très en-dessous de la norme concernant la taille de son moteur et de sa batterie. Son poids devrait donc lui aussi être très en-dessous de la norme.

Rien de très choquant, évidemment, mais si la Maeving RM1 avait pesé quelques kilogrammes de moins, on aurait pu dépasser les 72 km/h en pointe. Et on aurait gagné quelques kilomètres d’autonomie.

À ce stade, ces légères augmentations ne sont pas de l’ordre du détail.

La RM1 aurait donc gagné à travailler un peu plus son poids et son temps de recharge, car ça lui aurait permis d’être l’équivalente 125 sobre la plus pertinente du marché. Ce n’est hélas pas le cas, mais ça pourrait le devenir, dans ses prochaines versions.

Le design de la Maeving RM1 est son point fort incontestable

Selle monoplace, cache-batterie racé, gaine de câbles façon durite aéro…

La Maeving RM1 se différence de sa concurrence beaucoup plus par son esthétique que par ses performances.

Mieux encore, je crois pouvoir dire que la Maeving affiche un design presque révolutionnaire.

Est-ce que je m’enflamme en affirmant ça ?

Peut-être, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’elle est la toute première à avoir demandé à ses designers de trouver une intégration parfaite de ses batteries amovibles.

En effet, les batteries de la Maeving RM1 sont amovibles. Si ses designers avaient décidé de copier le reste du marché, ils auraient simplement installé une trappe sur la partie supérieure du cache-batterie afin de glisser les batteries en son sein.

Force est de constater qu’ils ont décidé d’aller plus loin.

Car la batterie amovible principale est positionnée dans un compartiment qui bascule comme un tiroir à chaussures sur la droite de la moto. Si vous voulez retirer cette batterie, vous n’avez donc plus besoin de faire un épaulé-jeté d’haltérophile comme c’était majoritairement le cas aujourd’hui.

Il vous suffit de faire basculer le compartiment, glisser votre batterie sans effort, et refermer le compartiment sans une seule goute de sueur.

N’est-ce pas révolutionnaire ?

Ça peut sembler un détail, mais c’est à mes yeux la substantielle moëlle de ce que doit être un bon design : une réflexion esthétique qui cherche la réponse la plus pertinente à un certain usage. Et je crois qu’avec ce compartiment basculable, Maeving tient quelque chose de très pertinent.

En revanche, vous l’aurez noté, la batterie secondaire est glissée au même endroit que les batteries amovibles concurrentes. C’est dommage, mais il semblerait qu’ils n’aient pas trouvé assez de volume disponible autre part.

maeving-rm1-batterie

Un usage exclusivement urbain

Ici, pas de surprise.

Quand votre moto ne roule pas à plus de 72 km/h, vous n’avez aucune envie de goûter au réseau de nationales qui quadrille notre pays. Et vous avez raison, car elle ne fera pas long feu sur nos routes bordées de platanes.

Elle est donc conçue exclusivement pour la ville, afin de vous mener plaisamment à travers les rues pavées ou bitumées de votre métropole préférée. 

Et elle a quelques atouts pour faire ce travail à merveille.

D’abord car elle est relativement légère (même si elle aurait pu l’être encore plus). Ensuite car elle est équipée de batteries amovibles (ce qui vous dispense de la nécessité d’une borne de recharge).

Mais aussi car, si vous vous passez de la batterie supérieure, vous aurez un petit coffre de rangement très pratique pour ranger les quelques courses que vous aurez fait sur votre chemin.

La Maeving RM1 est très accessible pour une européenne

La Maeving RM1 coûte entre £4 995 (5 965 €) et £5 995 (7 123 €).

C’est extrêmement concurrentiel pour une européenne. Car vraiment, c’est plutôt le genre de prix qu’on retrouve chez ses concurrentes chinoises telles que la TC Max et la CR6, qui ont déjà conquis une belle part de marché.

C’est donc une très bonne nouvelle pour l’industrie européenne de la moto électrique. Ça prouve qu’il est possible de concurrencer les chinoises sur leur point fort : le prix.

Comment la Maeving RM1 réussit cet exploit ?

En jouant la sobriété.

En effet, ce prix contenu n’est pas nécessairement dû à une plus faible qualité des composants puisqu’elle est équipée avec un moteur Bosch et des cellules LG Chem. Son prix n’est le résultat que d’une minimisation à l’extrême de tout ce qui coûte cher.

La batterie coûte cher ?

Eh bien il suffit d’en installer une petite.

Le moteur coûte cher ?

Symétriquement, il suffit d’en utiliser un aussi modeste que possible.

Voilà donc une très bonne chose. Car avec la Maeving RM1, nous tenons une moto électrique européenne à petit prix, qui a plus de charme qu’une simple moto chinoise importée en marque blanche.

L’empreinte environnementale n’a pas vraiment été étudiée

  • Technologie du moteur : Brushless
  • Technologie de la batterie : Lithium-ion NMC, de la marque LG Chem, amovible

Si on oublie la modestie de tous les composants utilisés par la Maeving RM1, on sent bien que ses concepteurs ne sont pas encore au point sur l’impact environnemental des véhicules électriques.

Car ils ont utilisé strictement toutes les technologies à l’impact environnemental le plus défavorable.

Ils ont donc accepté d’exploiter un moteur brushless garni de néodyme et une batterie lithium-ion de la chimie NMC, la plus fournie en minerais en tension. C’est ainsi, on ne peut pas être bons partout du premier coup.

Et puis il ne faut pas leur jeter la pierre. Ces 2 technologies sont aussi les technologies utilisées par strictement tous les autres acteurs de la moto électrique. Il est donc difficile d’avoir le courage de s’en passer, avec tout ce que ça implique.

On repassera donc pour la minimisation de l’impact environnemental de la mobilité électrique.

Mais on doit quand même préciser que la petite capacité de ses composants place la Meving RM1 dans le tableau des bons élèves en termes écologiques. 

Et pour cause : ayant une batterie 7 fois plus petite que la moto la plus puissante de sa catégorie (la Alrendo TS Bravo), son impact environnemental est mécaniquement environ 7 fois moindre.

Ce n’est pas rien. Et c’est important de le signaler.

En résumé : la Maeving RM1 est une très belle surprise

Après cette analyse de la Maeving RM1, je crois que je ne peux que conclure qu’elle a sans doute mérité tout le tapage qu’elle a généré dans les médias français.

Car si ses performances ne sont pas révolutionnaires, elle offre une vision très pertinente de la moto électrique, qui rime avec sobriété et design. Ça me plaît beaucoup, même si elle gagnerait à être retravaillée encore un tout petit peu. 

Mais ça me fait penser qu’on tient avec elle une potentielle remplaçante de la TC Max de Super Soco, qui trustait les meilleures ventes de motos électriques depuis quelques années. 

Serait-ce dont la fin de l’hégémonie des deux-roues asiatiques en France ? On peut l’espérer !

Je ne peux évidemment pas me réjouir du manque d’implication environnementale de la marque. Mais dieu sait que ce sujet n’est pas si simple. J’y travaille actuellement via la conception de ma propre moto électrique.

Et si je raconte comment il est possible de réduire drastiquement l’impact environnemental de nos motos dans mon journal de bord, il se pourrait bien que Maeving soit un de mes exemples au niveau du design.

Je vous laisse le découvrir tout ça par vous-même, en vous inscrivant à ma newsletter !

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P.S. : si vous souhaitez découvrir la moto électrique sur laquelle je travaille en ce moment, soyez attentif au paragraphe ci-dessous.

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