La Verge TS est médiatisée, mais ce n’est pas une grande moto électrique

Ma plus grande déception : la Verge TS de Verge Motorcycles, sans aucun doute.

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

Verge TS Verge Motorcycles moto électrique puissante

La Verge TS est ma plus grande déception.

Car en même temps que je l’ai décryptée, j’ai analysé et classé toutes les autres motos électriques puissantes du marché. En lisant l’article dans lequel je présente le classement, vous constaterez qu’elle ne s’en sort pas très bien.

Mais avant ça, décortiquons la Verge TS ensemble, pour voir précisément ce qui se cache derrière tout son tapage

Ses performances ne sont pas du tout ridicules

  • Puissance moteur : 80 kW (permis A)
  • Couple moteur : 1000 Nm (sans transmission)
  • Vitesse maximale : 180 km/h
  • Temps de passage de 0 à 100 km/h : 4 secondes
  • Capacité batterie : Non communiquée
  • Temps de recharge : 50 minutes
  • Autonomie : 300 km en ville, 200 km sur nationale
  • Poids : 200 kg
  • Empattement : Non communiqué
  • Angle de chasse : Non plus

La Verge TS a beaucoup fait parler d’elle, grâce à deux caractéristiques très originales.

La première, c’est son nom.

Je ne crois pas avoir besoin de vous faire un dessin, mais disons qu’elle s’inscrit dans la lignée de la e-tron de Audi et de la Koleos (qui veut dire vagin en grec) de Renault. J’ai du mal à comprendre comment ils ont pu laisser passer ça, même si les railleries nombreuses auront permis de parler de cette moto.

Ça me semble d’un très mauvais goût, car je ne vois que deux scénarios possibles : soit ils n’ont pas vérifié la signification de leur nom dans les autres langues (donc amateurisme), soit ils ont convoqué ce bad buzz (donc cynisme).

Je préfère penser qu’ils sont amateurs.

La deuxième raison du tapage qu’ils ont provoqué, c’est que la roue arrière est dotée d’une technologie quasiment jamais vue dans les motos.

Sa jante est creuse, et semble léviter.

En effet, la roue n’est pas liée au bras oscillant par son centre, comme on trouve sur les autres motos.

Ça donne alors une sensation parfaitement futuriste, d’une moto silencieuse dont la roue arrière tourne sans qu’on ne comprenne pourquoi. C’est percutant, et ça fait beaucoup jaser.

Mais la roue orbitale (car c’est comme ça que ça s’appelle) n’est pas du tout une technologie révolutionnaire.

Elle existait bien avant la Verge TS. Et si elle permet de se passer d’une transmission et donc de réduire un peu les pertes mécaniques, sa pertinence n’est pour autant pas si évidente.

En effet, les deux avantages principaux qu’elle apporte (réduction des pertes mécaniques et des phénomènes d’inertie dans la roue arrière) sont assez relatifs quand on connait les enjeux des motos électriques. 

Je crois même que la présence de cette roue orbitale montre que Verge Motorcycles n’a pas compris l’intérêt des motos électriques.

D’après ce que j’ai identifié, le but des motos électriques n’a jamais été de réinventer la roue (c’est le cas de le dire).

Leur but, c’est de rendre un moyen de transport incroyable mais polluant, en un moyen de transport incroyable mais propre. Aussi simple que ça.

Le reste est surtout de la poudre aux yeux.

Et au risque de décevoir les amateurs d’inventions révolutionnaires, je crois que ce n’est pas dans la roue que les inventions ont besoin d’être faites. Telles qu’elles sont dans les motos depuis 100 ans, elles fonctionnent très bien. Alors que la batterie et le moteur sont autrement plus problématiques.

Justement, en parlant de batterie et de moteur, la Verge TS propose des performances qui ne sont pas si révolutionnaires à côté de ce que fait la concurrence. 

Une autonomie de 300 km en ville ? La Ribelle d’Energica fait mieux.

Un temps de passage de 0 à 100 km/h en 4 secondes ? La Livewire de Harley fait mieux.

Une vitesse de pointe à 180 km/h ? La SR/F de Zero Motorcycles fait mieux.

Le seul point sur lequel la Verge surpasse les autres, c’est le poids.

La roue orbitale y est certainement pour quelque chose, mais ça ne me semble pas suffisant pour justifier l’intégration d’une telle technologie, qui augmente le prix pour trop peu d’intérêts techniques.

Autrement dit, j’ai l’impression que la roue orbitale n’est là que pour différencier la Verge TS. 

Et je n’aime pas du tout ce genre de stratégie. 

La note (rigoureuse) de ses performances en comparaison avec celles de la concurrence : 3,46/5.

Le design de la Verge TS veut faire parler de lui

Le design de la Verge TS est très cohérent avec cette volonté de différenciation.

Tout est fait pour que notre regard se porte vers cette roue arrière qui nous rappellerait les meilleures heures des spectacles de magicien du siècle dernier.

Car l’esthétique de cette moto revêt exactement cette philosophie : celle d’inspirer le rêve face à une vision d’un futur possible. Un futur pour lequel les roues tournent comme par magie et les moteurs vrombissent en silence. 

C’est parfaitement aligné avec le positionnement d’une moto électrique qui se veut révolutionnaire.

Puisque c’est un moyen de transport nouveau, il lui faut donc un design futuriste. Du moins, c’est ce que Verge Motorcycles pense.

Je ne suis pas d’accord avec cette conception des innovations, car il me semble que le but est justement de les intégrer avec le moins de viscosité possible.

Mais je reconnais que ça peut faire son effet. 

La note que son esthétique m’évoque : 3,5/5.

Un usage de roadster sportif

La Verge TS répond exactement au même usage que d’autres mastodontes des motos électriques que sont la SR/F et la Ribelle.

C’est-à-dire qu’elle se sentira bien en ville autant que sur les nationales, sans jamais pour autant être comme un poisson dans l’eau.

Pour cause, c’est un roadster sportif, tout ce qu’il y a de plus classique. C’est l’éloge de la polyvalence, avec toutes les faiblesses que ça implique.

Mais tant que les batteries de motos électriques ne seront pas plus performantes, on ne pourra pas espérer mieux.

La note de la pertinence avec laquelle elle répond à l’usage visé : 3/5.

Le prix de la Verge TS est un peu au-delà de la moyenne

La Verge TS se vend à 24 990 € dont 2 000 € de précommande.

C’est une assez bonne surprise. Car quand on voit sa roue improbable, on se dit que ça va nous coûter un rein. En réalité, ça coûte bien un rein, mais ce n’est pas beaucoup plus cher que ce qu’on trouve chez Zero et Energica.

Donc même si on aimerait tous que les motos électriques soient plus accessibles, on ne peut pas lui reprocher d’avoir cassé le plafond.

Mais ça reste quand même plus cher que la moyenne des motos électriques polyvalentes (22 000 € environ).

La note de son prix par rapport à celui des motos électriques concurrentes : 2,2/5.

Le point noir : son empreinte environnementale opaque

  • Technologie du moteur : Non communiqué
  • Technologie de la batterie : Pas donné non plus

J’ai une bonne blague pour vous.

C’est l’histoire d’un constructeur de motos électriques.

Ce constructeur sait que ce qui différencie les motos électriques des motos thermiques est le bloc motopropulseur composé d’un moteur électrique et d’une batterie. Il le sait très bien, car il fabrique des motos électriques.

Et qu’il a déjà croisé des motos thermiques au moins une fois dans sa vie.

Ce constructeur donc, pas plus bête qu’un autre, rédige une page dans laquelle il présente sa moto électrique. Dans cette page, il parle de mille détails. Mais il ne donne jamais la technologie du moteur et de la batterie qu’il utilise.

Amusant, non ?

Pire encore, on pourrait se dire que Verge Motorcycles a décidé sciemment de ne pas donner le nom des technologies pour ne pas alourdir la page, mais qu’il les a données ailleurs.

Que nenni.

Au moment où j’écris ces lignes, cette information est introuvable sur internet. Introuvable.

À partir de là, au-delà de cet amateurisme confondant, on ne peut que rester béat face à ça. Car on sait que c’est dans le moteur et la batterie que se nichent les plus gros problèmes environnementaux des motos électriques

Ça ajouté à ce dont j’ai parlé plus haut, on se demande la conception qu’ils ont des motos électriques. Mais une chose est sûre, l’impact environnemental n’est pas du tout leur combat.

Zéro pointé.

La pire note de toute la classe : 1,5/5. Car c’est inadmissible.

La Verge TS n’est pas une mauvaise moto… mais vous pouvez facilement trouver mieux

En résumé, la Verge TS ne mérite qu’un 2,73/5 de moyenne.


Elle a beaucoup fait parler d’elle.

Je suis même à peu près sûr que la Verge TS n’est pas une mauvaise moto électrique.

Mais objectivement, pour le même prix, on trouve la Ribelle d’Energica autrement plus sérieuse.

2 commentaires

  1. Juju

    Un article à charge sur une moto dont le « journaliste » n’a même pas posé ses fesses dessus.

    Bref un bon article de merde 👍🏻

    Voici l’un des procureurs parmi les 66 millions d’autres. Notre président n’a pas toujours tort…..

    • Julien Vaïssette

      J’ai étudié et rédigé des articles sur les 33 autres motos électriques de plus de 11 kW. Ça m’a pris plus de 2 mois et c’est l’équivalent d’un livre de 400 pages. Je ne suis pas sûr que tu saches le travail qu’il y a derrière.
      Mais je te propose qu’on se passe un coup de téléphone pour voir si je suis réellement un journaliste 😉
      Envoie un mail à julien@construire-sa-moto-electrique.org, et tu me diras par la suite si cet article est celui d’un connaisseur ou non 🙂

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