Pourquoi je joue le trouble-fête

Mail du 19/06/2020

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

Le moyen que j’ai trouvé de rester inflexible

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Salut à tous,

Hier, au moment de la douche, je me suis fait une réflexion.

Je me suis dit qu’il est facile de commenter.
C’est facile de chercher des poux à ceux qui osent agir, qui sortent du bois et qui prennent des risques.

Et c’est vrai. Depuis que je commente les motos électriques des autres, les articles sont beaucoup plus simples et rapides à écrire, et les mails coulent de mes doigts sans frictions.
Je comptais finir la semaine sur les 5 questions du bon journaliste, avec la satisfaction du travail bien fait.

Mais la douche a changé mes plans. Elle a été la cause d’une toute petite crise de sens qu’il fallait absolument que je résolve pour avancer.

Et je l’ai résolue.

Fortuitement. Sans faire exprès.

En ce moment, je lis pour la première fois Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. Je le lis à force d’avoir entendu parler de son style révolutionnaire qui a changé à tout jamais le roman français.

Comme j’aime le style, j’ai fini par céder.

Je n’en suis pas encore au premier tiers. Mais quelle surprise ! C’est effectivement une leçon magistrale de style, mais c’est aussi très engagé politiquement avec des critiques bien senties sur les guerres et le capitalisme.

Jugez par vous-même :

Et quand je serai mort, est-ce l’honneur de ma famille qui me fera ressusciter ?… Tenez, je la vois d’ici, ma famille, les choses de la guerre passées… Comme tout passe. Joyeusement alors gambadante ma famille sur les gazons de l’été revenu, je la vois d’ici par les beaux dimanches.
Cependant qu’à trois pieds dessous, moi papa, ruisselant d’asticots et bien plus infect qu’un kilo d’étrons le 14 juillet, pourrira fantastiquement de toute sa viande déçue… Engraisser les sillons du laboureur anonyme c’est le véritable avenir du véritable soldat !

C’est très fort.

C’est en 1932. Il raconte alors la vie d’un soldat qui ne veut pas servir de chair à canon lors de la Première Guerre Mondiale. C’est poignant, fort et intelligent.

Sauf que 6 ans plus tard, le même homme qui a écrit ces lignes géniales dira des juifs que ce sont des monstres qui doivent disparaître. Et qu’il se sent très bon ami de l’hystérique allemand dont on ne doit plus prononcer le nom.

Il a complètement vrillé.

Et c’est la réponse que ma douche m’a amenée.
Il est nécessaire que je fasse ce travail constant de trouble-fête (pour ne pas dire casse-c…). Non seulement pour empêcher les autres de s’installer dans leur confort, mais aussi pour me permettre de ne jamais vriller.

Je ne parle pas nécessairement de devenir un monstre comme Céline.
Mais plutôt de me laisser séduire par des thèses faciles et caressantes sans me soucier des conséquences qu’elles peuvent avoir.

Alors voilà.
Si je commente et que j’accuse avec autant de vigueur, ce n’est pas par volonté de tirer vers le bas ceux qui agissent. Mais plutôt pour m’engager auprès de vous (et de moi-même) à faire beaucoup mieux.

Quel qu’en soit le prix.

Bon week-end et à lundi,

Julien

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P.S. : Cette semaine, j’ai écrit un article pour le Repaire des motards. Je ne sais pas quand il sortira, je ne sais même pas s’il sortira (on n’est jamais à l’abri). Mais j’ai hâte de vous le partager.

P.P.S. : Si vous venez de vous inscrire à ces mails, j’en envoie quotidiennement depuis décembre 2019. Je les ai tous mis sur notre site. Si vous cherchez de la lecture, vous savez où en trouver 😉

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