Les interprétations hâtives

Mail du 22/07/2020

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

Oublier la transmission, c’est prendre le risque de se tromper

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Salut à tous,

Attention : si vous n’avez pas lu le mail d’hier, vous risquez de ne comprendre que la moitié du mail d’aujourd’hui. J’ai mis un lien qui vous permettra de le relire dans le post-scriptum de ce mail.

Maintenant que les présentations sont faites, enchaînons.
Hier, j’ai découvert une étrangeté à propos du moteur de la SR/F :il tourne moins vite que celui de la Livewire, mais ça n’empêche pas la SR/F d’atteindre des vitesses plus élevées que son homologue de chez Harley.

Il y a une grande réponse à ça.
Elle se divise en deux branches induites. Cette réponse, c’est une pirouette que nous avons évoquée la semaine dernière et qui est constamment passée sous silence : la transmission.

Car oui, on semble l’oublier (et je suis le premier fautif), mais il y a une transmission entre la roue et le moteur.

Cette transmission est permise par la combinaison d’une courroie ou d’une chaîne ou d’un cardan, avec un engrenage conique, ou une engrenage droit ou une boîte de vitesses.

Et jusqu’à preuve du contraire, ces éléments doivent être pris en compte.
Car en plus de transmettre la puissance du moteur à la roue, ils changent bien souvent la vitesse de rotation de la roue.

Pour cause, si la roue de la Livewire tournait à la même vitesse que son moteur (15 000 tr/min), elle fuserait à 1780 km/h (il est évidemment impossible d’aller aussi vite, mais c’est juste pour donner une idée).

Maintenant que la transmission s’est rappelée à nous, voyons si elle explique les différences qu’on note entre la SR/F et la Livewire.

La transmission de la SR/F fait tourner la roue arrière 4,5 fois moins vite que son moteur. Celle de la Livewire la fait tourner 9,71 fois moins vite. La différence est notable, on peut donc pressentir que ça aura un impact non négligeable sur le comportement de la moto.

Mais le meilleur moyen de le vérifier, c’est de reprendre les courbes d’hier.
Rappelez-vous : j’ai tracé l’évolution de la puissance du moteur de ces deux motos en fonction de leur vitesse de rotation. Cette fois, nous allons être plus pragmatiques et regarder ce qui se passe dans la roue.

Car c’est elle qui nous propulse.
J’ai donc tracé ces deux mêmes courbes mais en me focalisant sur les roues arrières. On a donc maintenant l’évolution de la puissance dans la roue en fonction de la vitesse de rotation de la roue.

Le résultat parle pour lui-même :

image.png

Et voilà.

Alors que sur les courbes d’hier, la courbe de la SR/F était plus courte que celle de la Livewire, on voit bien que si on se focalise sur les roues, c’est la courbe de la Livewire qui est plus courte.

Et ça corrobore parfaitement avec la différence de vitesse maximale entre ces deux motos : la SR/F peut atteindre de plus haute vitesses, car sa roue est capable d’être entraînée à des vitesses plus élevées que celle de la Livewire.

Mieux : on peut retrouver la vitesse maximale de chacune des deux motos à partir de  ces deux courbes.

Car en partant du principe qu’il n’y a aucun glissement (ce qui est évidemment faux mais voilà, passons), la vitesse maximale de la roue de la SR/F correspond à une vitesse de 198 km/h, contre 180 km/h pour la Livewire.

On est très proches des 200 km/h et des 177 km/h annoncés par les deux constructeurs.

Une fois n’est pas coutume, j’en tire une leçon forte : les chiffres pris de manière isolée sont souvent trompeurs. Et si on ne creuse pas sérieusement, on peut être amenés à tirer de fausses conclusions.

Car sur le papier, le moteur de la Livewire semblait plus à même de nous faire rouler plus vite que celui de la SR/F. La réalité, nous l’avons vu, est bien différente.

L’autre leçon, c’est le manque cruel de pédagogie de ces constructeurs.
Ils donnent ces données en désordre et n’expliquent jamais les raisons qui les ont poussés à opter pour ces caractéristiques. Ils autorisent de cette manière les interprétations hâtives et superficielles.

À demain,

Julien

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P.S. : Comme évoqué au début de ce mail, voici le lien vers le mail d’hier.

Merci d'avoir lu jusqu'ici ! Maintenant, c'est à vous de vous exprimer.