De la survie des motos

Mail du 23/06/2020

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

Du bruit, du bruit, encore du bruit

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Salut à tous,

Ce week-end, la convention citoyenne pour le climat a publié ses 150 propositions pour réduire notre impact environnemental.

Parmi ces 150 propositions, il y a la réduction de la vitesse autorisée sur les autoroutes de 130 km/h à 110 km/h.

Sans surprise, cette idée n’a pas plu.
Et elle a suscité une belle levée de boucliers.

Je n’ai pas trop d’avis sur la question, puisque je n’ai pas eu le temps d’étudier tous les paramètres. Alors je préfère ne rien dire à son sujet pour ne pas enfoncer des portes ouvertes.
Je laisse ce soin à d’autres qui le font avec plus de talent et d’assiduité.

Ce qui m’a interpelé, c’est la levée de boucliers. Et le clivage immédiat que ça a créé.
Ça m’a fait penser à tous les commentaires qu’on trouve sous les articles et les vidéos qui parlent de motos électriques dans les grands médias.

Ils n’ont qu’une seule rengaine : les vraies motos font du bruit, les motos électriques sont des vélos améliorés.

C’est un refrain classique, auquel il est difficile de répondre. Car le bruit (et non pas le son, c’est symptomatique qu’on parle de bruit dans le cas des motos) est une notion très subjective.
Mais contrairement à la convention citoyenne, j’ai mon avis sur la question du bruit des motos.

Et cet avis est assez tranché.
Déjà, il faut savoir que le bruit d’un véhicule vient essentiellement de deux sources : le moteur et les pneus. On connaît très bien le grondement du moteur, mais les pneus sont eux aussi très bruyants lorsque la vitesse augmente.

C’est là que les difficultés commencent.
Car de nombreuses études ont été menées pour mesurer l’impact de chacune de ces deux sources sur le niveau sonore des motos. Et je viens de passer deux bonnes heures à les éplucher.

Résultat : c’est un labyrinthe abyssal.
Les études se contredisent toutes, accusant à tour de rôle le moteur et les pneus pour expliquer les plaintes des riverains qui n’en peuvent plus du vrombissement des motos sous leurs fenêtres.

Mais sur ce dernier point, toutes les études se mettent d’accord. Les motos provoquent des nuisances sonores insupportables pour les gens qui bordent les routes.

Pourtant, il semblerait que toutes ces plaintes soient injustes.
Car selon une étude publiée dans le International Journal of Environmental Research and Public Health par l’équipe de Christoph Lechner, les motos sont pénalisées par rapport aux autres véhicules, à niveau sonore égal.

C’est-à-dire que pour un niveau de 65 dB, les habitants qui ont été interrogés dans cette étude ont évalué leur qualité de vie à 3/5 lorsque ce bruit venait de motos, contre presque 4/5 lorsque ce même niveau de bruit venait de voitures et de camions.

Autrement dit, les gens en ont marre du bruit des motos.
Et ils en deviennent injustes dans leur perception des niveaux sonores. Ils sont devenus allergiques aux motos.

Alors au vu de ces données, sans même aller plus en détail dans les sources des bruits, que veulent dire ceux qui scandent qu’une moto doit faire du bruit ?

Veulent-ils dire qu’une moto doit faire chier le voisinage ?
Est-ce bien ça leur définition de la moto ?

Car on sait tous ce qu’implique un voisinage excédé, même s’il l’est injustement : des pétitions pour interdire les motos en ville. En somme, le début de la fin des motos, sans critère de bruit.
Je crois que la survie des motos et leur renouveau viendra de ce changement de paradigme.

Non, une moto n’est pas une moto simplement parce qu’elle fait du bruit. Une moto, c’est bien plus que ça. Et il vaut mieux, car le bruit des motos est un de leurs plus grand danger de mort.

À demain,

Julien

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P.S. : Si vous avez envie d’en savoir plus sur cette histoire de bruit, vous pouvez retrouver le lien de l‘étude juste ici : https://www.mdpi.com/1660-4601/17/5/1580/htm

Merci d'avoir lu jusqu'ici ! Maintenant, c'est à vous de vous exprimer.