Clin d’œil à Hidalgo

Mail du 24/06/2020

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

Les mauvaises solutions aux vrais problèmes

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Salut à tous,

Hier, je me suis perdu dans les articles universitaires qui traitent du bruit des motos.

Et je me suis fait une petite frayeur.
Car au-delà de la gêne que les motos occasionnent aux riverains exaspérés, j’ai aperçu le risque des politiques qui pourraient avoir l’idée de se pencher sur la question.

À première vue, ça semble pourtant une excellente chose. Le rôle de la politique est de traiter les sujets de société pour trouver des réponses collectives, et il est impensable de s’en plaindre.

Le problème, c’est que les motos peuvent devenir un sujet de société.
Car leur bruit commence à faire grincer de nombreuses dents. Sans compter leurs émissions, mais c’est un autre sujet.

Et que ce soit dans les pays en développement où les deux-roues sont largement utilisés ou dans les pays plus riches comme ceux du Royaume-Uni, les motos thermiques sont pointées du doigt pour leur responsabilité dans la hausse des nuisances sonores dans les villes.

Même si, comme nous l’avons vu hier, la perception de leur bruit est souvent surévaluée par les habitants des villes qui se plaignent.

Alors des études commencent à germer.
Des études dans lesquelles on supprime les motos thermiques des villes, pour les remplacer par des motos électriques. Je suis tombé sur deux d’entre elles, publiées dans le journal Transportation Safety and Environment et le journal Science of The Total Environment.

Les résultats de ces deux études sérieuses sont très favorables aux motos électriques.

Et je m’en réjouis.
Mais ce n’est pas parce que je fais la promotion des motos électriques que je milite pour l’extinction des motos thermiques.

J’appelle plutôt une cohabitation entre diverses solutions de mobilité pour répondre exactement à la multitude de besoins de toute la population.

Ces études présentent donc un risque à mes yeux.
Car si leurs auteurs, de vrais scientifiques, prennent le temps de relativiser leurs résultats, les politiques n’ont pas cette habitude. Et si ces études tombent entre les mains de leurs conseillers, je doute de leur lecture critique.

Dès lors, quand les politiques seront tentés d’appliquer les scénarios des études à la lettre, je vois un grand danger pour les motos électriques.

Elles deviendront les motos lissées par le gouvernement et financées par des aides en tous genres. Elles seront donc dépossédées de toute pertinence.

Je m’oppose formellement à un tel scénario.
Car je refuse qu’on adopte les motos électriques pour des raisons aussi peu subtiles, et qu’on enterre les motos thermiques pour une vision aussi simpliste.

Les politiques ont un rôle primordial à jouer dans cette histoire.

Mais s’ils croient que leur rôle est d’interdire les véhicules thermiques dans les villes, ils ne font qu’empirer la situation.
Il n’y a qu’à voir les résultats de l’A380 financé par l’état pour s’en convaincre.

En matière de mobilité, les politiques doivent se concentrer sur le cadre plutôt que sur les solutions.

Le hic, c’est qu’interdire les véhicules thermiques en ville donne l’impression qu’on modifie le cadre. Alors qu’en réalité, lorsqu’on supprime une solution, on en favorise mécaniquement d’autres.

On ne modifie donc plus le cadre, on impose les solutions.

Agir sur le cadre consisterait plutôt à financer la recherche ou à intégrer l’empreinte environnementale dans la législation. Ce ne serait plus les utilisateurs qui seraient contraints, mais les décideurs.

Alors je préfère ne compter sur aucune aide ni aucun scénario favorable. Et j’aimerais que les motos électriques convainquent par elles-mêmes, sans aucune béquille.

À demain,

Julien

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P.S. : Les deux études en question s’appellent « Emissions and noise mitigation through use of electric motorcycles » et « Environmental impact of electric motorcycles: evidence from traffic noise assessment by a building-based data mining technique ».

P.P.S. : Paris est précurseure en termes d’interdiction des véhicules thermiques, puisque depuis 1 an, les deux-roues datant d’avant 2004 sont interdits dans Paris intra-muros. Caradisiac a dressé un bilan de la situation pour les motos en Europe ici : https://www.caradisiac.com/interdiction-des-vehicules-a-moteur-qu-en-est-il-de-la-moto-181260.htm

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