C’était pas simple

Mail du 24/07/2020

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

3 questions pour tout comprendre

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Salut à tous,

On ne va pas se le cacher, ces deux dernières semaines ont été touffues.
J’ai tracé un nombre incalculable (j’exagère à peine) de courbes, j’ai parlé de formules dans tous les sens, et j’ai utilisé des mots savants en veux-tu en voilà. Autrement dit, ces deux semaines ne seront pas faciles à digérer.

Mais c’était le but.

Car je crois que la meilleure manière d’avancer est de procéder par oscillations. On mange du gravier pendant quelque temps, quitte à se casser quelques dents. Puis quand l’appétit est satisfait, on passe en phase de digestion, beaucoup plus douce.

On peut appeler ça la méthode Pomodoro (x minutes de travail, y minutes de pause, et on recommence). On peut aussi y voir le mouvement de balancier propre à la nature dont les systèmes oscillent constamment autour de leur point d’équilibre.

Je ne déroge pas à la règle.
En rédigeant ces mails, je n’ai aucun plan de long terme. J’écris juste au quotidien ce qui constitue mes recherches actuelles. Force est de constater que ces deux dernières semaines étaient bien remplies.

Mais on ne va pas tous à la même vitesse.
Et j’aimerais penser à ceux qui n’ont pas nécessairement tout compris, en faisant un bilan de tout ce qu’il faut retenir. En plus, ça me permettra d’encore mieux structurer mes découvertes tout en ne faisant pas de mal à ceux qui ont tout compris.

Ces deux semaines étaient une sorte de procès que j’ai intenté aux pages de ventes des motos électriques du marché. Celles qui donnent les performances de leur moteur sans rien expliquer, en laissant croire que c’est suffisant.

Le bilan peut se dresser sous la forme d’une série de questions.
Ces questions sont celles que nous pourrons dorénavant nous poser face à une page de vente. Elles nous permettront alors de comprendre réellement ce qui se cache derrière le tableau des spécifications techniques du moteur des motos électriques.

Quel est le couple dans la roue ?

Car le couple moteur, c’est bien gentil, mais c’est le couple dans la roue qui importe réellement. Pour rappel, le couple n’est rien d’autre que la force qu’on applique à un objet afin de le faire tourner.

Cette vérification, c’est le premier niveau de lecture que nous devons immédiatement faire. Car quand la modeste TC Max annonce un couple moteur supérieur à celui de la puissante Livewire, on comprend qu’il manque une subtilité.

Pour éclairer cette subtilité, il suffit de chercher le rapport de transmission. Ce n’est pas toujours facile, et c’est pour ça que je propose de rassembler toutes ces données sur notre site.

Mais par exemple, le rapport de transmission de la Livewire est de 9,71. Le couple moteur est de 116 Nm. Si on prend en compte le rendement de la transmission de 88%, le couple dans la roue est donc égal à 116 x 9,71 × 88% = 993 Nm.

Voilà, c’est noté. Question suivante.

Ce couple est-il trop élevé ?

Car oui, un couple trop élevé est possible. C’est la « formule magique » qui nous l’apprend. Elle affirme qu’à partir d’une certaine valeur, la roue glisse à l’infini sans rien propulser.

Là aussi, il n’est pas simple de trouver l’information. Car cette fois, il faut faire un calcul assez savant qui dépend de beaucoup de paramètres.

Mais grossièrement, cette valeur de couple fatal se situe aux alentours de 1000 Nm.
Ce qui veut dire que si le couple à la roue que nous avons calculé dans la première question est supérieur à 1000 Nm, il est probable que le moteur soit surdimensionné.

Si c’est le cas, ça veut dire que le constructeur nous prend pour de gros barbares dont le seul objectif est d’impressionner le voisin avec de gros chiffres.
À fuir.

Si c’est validé, on passe à la dernière question.

Qu’est-ce qui décide de la vitesse maximale ?

Les limites du moteur, ou les efforts contraires (air et sol) ?

Cette dernière question est de loin la plus technique et donc la plus dispensable. Car elle n’est pas nécessaire pour connaître la qualité d’une moto.

En revanche, elle permet de comprendre les différences entre motos.
Elle intéressera donc les techniciens comme moi qui veulent tout comprendre de leur bécane. Si c’est le cas, je vous redirige vers les mails de cette semaine. Car tout résumer en 2 lignes relève de l’impossible.

Et puis c’est tout.
En répondant à ces 3 questions, on s’autorise à savoir exactement ce qu’il est important de savoir. Et on le fait en dépit des barrières que les constructeurs érigent en gardant le silence. Par malchance pour eux, on a les clés pour entrer dans les coulisses sans rien demander à personne.

On ne va pas s’en priver.
Je vous conseille donc de garder ce mail de côté pour une prochaine fois, quand vous verrez les caractéristiques techniques d’une moto électrique.

D’ici là, on peut passer sereinement à une semaine plus digeste. Dans l’attente des autres vagues de complexité !

Bon week-end et à lundi,

Julien

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P.S. : Vous pouvez retrouver tous les mails envoyés depuis début décembre en cliquant ici. Si vous vous ennuyez, vous risquez d’y trouver de quoi vous occuper 😉

Merci d'avoir lu jusqu'ici ! Maintenant, c'est à vous de vous exprimer.