Pourquoi François Gervais, le climatosceptique français, est si convaincant (et pourquoi il a tort)

J’ai lu L’urgence climatique est un leurre de François Gervais, le climatosceptique français au grand succès. Voilà ce qu’il faut retenir.

Julien Vaïssette

Fanatique d'Excel, adepte de Camus & ingénieur en mécanique ・ Suivez la conception de mon prototype de moto électrique en cliquant ici.

francois gervais par © jean charles barbe 2

Je ne suis pas un expert du climat.

Je suis un simple mécano passionné de motos qui supporte assez mal l’industrie du pétrole.

Alors pour éviter de déblatérer intempestivement des bêtises plus grosses que moi, je me renseigne sur tous les sujets qui touchent à la moto électrique. Ma méthode est simple : je lis les livres des gens qui ne sont pas d’accord.

Parmi ces livres, il y a celui de François Gervais, L’urgence climatique est un leurre. Je l’ai lu, et contre toute attente, j’ai été convaincu.

Mais lorsque j’ai tourné la dernière page, quelque chose me gênait : j’avais oublié tous les arguments scientifiques.

J’ai alors relu les nombreuses notes que j’avais prises. Voici ce que j’en retire.

francois gervais par © jean charles barbe 1

La révolte (justifiée) de François Gervais

Le monde est régi par la paresse.

Du plus petit atome à la plus grosse supernova, nous sommes tous gouvernés par le désir d’en faire le moins possible.

Le problème, c’est que la réalité est plus complexe que ce que notre fainéantise nous laisse croire. Mais nous refusons de le voir, car nous n’avons pas envie de nous fatiguer. Ce qui nous amène par facilité à préférer les vérités générales et simplistes.

La solution, Albert Camus nous la donne : il faut se révolter.

La révolte, c’est entrer en tension.

C’est loin d’être confortable, car on se fait peu d’amis en refusant la servitude et la tyrannie. Mais c’est le seul moyen d’exister vraiment, et de remplir pleinement notre condition d’êtres humains.

François Gervais l’a bien compris.

Et à sa manière, il scande plusieurs « non », avec retentissement.

Le premier « non », c’est le refus de la glorification du climatologue.

Les failles des climatologues

Car François Gervais le sait : les scientifiques sont humains.

Il en est conscient car il est lui-même scientifique. Il a en effet exercé en tant que professeur de Physique et de Sciences des Matériaux à l’Université de Tours.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le milieu académique, sachez qu’être professeur en université n’est pas une mince affaire.

Pour le devenir, il faut avoir décroché un doctorat, puis avoir obtenu l’habilitation à diriger des recherches, qui est le titre universitaire le plus élevé en France. Ensuite, il faut justifier de travaux de recherches tout au long de sa carrière, pour rester à la pointe.

Autant dire qu’il connaît plutôt bien le milieu scientifique, dont il déplore l’évolution depuis 10 ans.

Selon ses mots, nous sommes passés « d’une recherche primitivement axée sur l’émergence des idées au niveau international et sur leur saine confrontation » à une recherche « plus largement dictée par les politiques gouvernementales et leurs urgences déclarées ».

Pas besoin de s’accorder avec ses idées pour regretter ce changement.

Dès lors, l’effervescence de travaux sur le changement climatique est à relativiser.

Pire, il suffirait selon lui de mentionner de près ou de loin la lutte contre le changement climatique pour augmenter les chances de financement d’une étude, même si elle ne traite pas du tout ce sujet.

Pour enfoncer le clou, il cite Bryn Williams-Jones de l’Université de Montréal :

Sans fonds, un chercheur ne peut ni faire tourner son labo, ni publier, ni être promu. Et comme les athlètes qui se dopent, certains pensent qu’ils ne peuvent pas réussir sans tricher.

Bryn Williams-Jones

Ces tricheries s’échelonnent sur trois degrés.

1. Le biais des financements

Lorsqu’on est financé pour chercher un changement climatique, on est forcément tenté de trouver une réponse alignée avec ce qu’espéraient nos financeurs.

C’est humain, et c’est inévitable.

2. Le biais de confirmation

Les scientifiques seront plus enclins à se référer à des travaux qui confirment les leurs, voire même à s’auto-citer.

C’est le cas des rédacteurs des rapports du GIEC. Mais à nouveau, c’est parfaitement humain.

3. Les arrangements avec les mesures

C’est difficile à croire, mais des chercheurs procèdent quelques fois à quelques petites modifications des mesures (les mêmes que celles que nous faisions en TP de chimie au lycée).

Il n’est alors pas rare de voir des scientifiques s’accuser de telles manipulations.


Ces manipulations et petits arrangements sont parfaitement prévisibles. Et malgré toute la bonne foi et la rigueur des climatologues, ils seront tous tentés de succomber à au moins un de ces trois biais.

Est-ce suffisant pour leur jeter l’opprobre ?

Non, certainement pas.

En revanche, il est hautement nécessaire d’avoir conscience de ces phénomènes, pour ne pas accorder une confiance religieuse à leurs travaux. Il faut garder les idées claires, et examiner froidement les publications de chacun.

Mais ce qui vaut pour eux, vaut pour tout le monde.

Nous sommes tous sensibles à ces trucages. Nous devons donc tous être vigilants pour tricher le moins possible. Ça tient évidemment aussi pour François Gervais.

Ainsi, le premier refus de François Gervais nous éclaire largement en démystifiant les travaux des climatologues.

Son deuxième refus s’attaque aux billets verts.

Les intérêts économiques derrière le changement climatique

La grande majorité des Etats qui peuplent notre planète ont décrété l’urgence climatique.

Aux grands maux les grands remèdes, la communauté internationale a décidé d’agir en mettant quelques billets sur la table.

Beaucoup trop de billets selon François Gervais.

En effet, il cite les chiffres hallucinants dévoilés par la banque mondiale qui prévoit un besoin d’investissements de 89 000 milliards de dollars entre 2015 et 2030. C’est immense : ça représente entre 15 et 16 milliards d’euros par jour.

La question que se pose François Gervais est alors la suivante :

Les Etats doivent-ils jouer des sommes aussi colossales, surtout lorsqu’ils ne les ont pas en caisse ?

C’est vrai que ça laisse songeur.

Et quand on sait que le PIB mondial est de 85 000 milliards de dollars (donc inférieur à ce qu’on compte dépenser en 15 ans), on déglutit difficilement.

Alors quoi ? Que doit-on faire de ces chiffres ?

J’ai tendance à penser que c’est totalement en dehors de la réalité. Ces chiffres sont émis par des gens qui vivent dans un monde différent du nôtre, et rien ne nous garantit que les investissements futurs s’aligneront avec leurs prévisions.

En revanche, nous disposons de chiffres moins hypothétiques : ceux de notre passé.

Ces chiffres, ce sont les investissements de l’Etat français dans les énergies renouvelables telles que le solaire et l’éolien. François Gervais ne s’est donc pas privé de nous les donner : la France a dépensé 5,3 milliards d’euros dans les énergies renouvelables en 2016.

Ah.

Dit comme ça, rien d’impressionnant.

Mais si on creuse un peu plus loin, on réalise que ces investissements sont essentiellement dépensés sous formes de subventions allouées aux producteurs d’électricité.

Si bien qu’en 2017, 68% des investissements étaient sous formes de subventions.

Ça, c’est un peu plus embêtant.

Car ça veut dire que l’Etat favorise des industriels dont l’objectif est essentiellement de gagner de l’argent en leur accordant des revenus faciles et automatiques.

Autrement dit, produire de l’électricité décarbonée devient une opportunité économique, qui rend inutiles les travaux de recherche d’identification des meilleures stratégies à adopter pour lutter contre le changement climatique.

Non content de nous dévoiler ce phénomène, François Gervais cite Myret Zaki, une journaliste économique qui fustige l’interventionnisme étonnant de l’Etat dans ce secteur :

C’est de l’économie planifiée. Sauf qu’ici, l’État ne planifie pas pour le plus grand nombre, comme le faisait l’URSS ; il planifie pour le plus petit nombre. C’est le pire des deux mondes : du socialisme inversé, du capitalisme assisté par l’État, de la spéculation subventionnée, de l’individualisme entretenu, de l’irresponsabilité financée à crédit.

Myret Zaki

L’urgence climatique devient dès lors un nouveau marché dont les puissants rêvent de se saisir pour gagner encore plus d’argent.

Le calcul des industriels est limpide : ils ont une double source de revenus (subventions et consommateurs), un espoir de monopole (car la part des industries polluantes va chuter), et la reconnaissance du grand public dont la vie a été sauvée par ces généreux industriels.

Ces mécanismes sous-marins sont répugnants, et François Gervais fait bien de les mettre en lumière. Il est absolument nécessaire de lutter contre ces jeux de pouvoirs.

Albert Camus avait vu juste, il faut persister à refuser ces aberrations.

Enfin, le dernier refus de François Gervais est adressé à ceux qui empilent les bêtises.

Le ridicule des politiques

Avec l’arrivée de la COP21 en 2015, le monde a été le théâtre d’une montée en puissance de la question écologique.

Le problème, c’est que les porte-paroles de ce mouvement n’étaient peut-être pas les plus compétents.

François Gervais nous sert deux déclarations de la part de François Hollande et de Ségolène Royal en 2015 :

Le réchauffement climatique conduit à la mort finalement, puisque des dizaines de milliers de personnes sont mortes dans des tsunamis.

Ségolène Royal, Février 2015 (cliquez ici pour voir la vidéo)

Le réchauffement climatique, si on veut savoir ce qu’il peut être, venez ici, vous le voyez, c’est-à-dire des typhons, des tsunamis, des tremblements de terre, des catastrophes.

François Hollande, Février 2015 (cliquez ici pour voir la vidéo)

Ainsi, des représentants du gouvernement français – censés être accompagnés de spécialistes compétents – affirment que les séismes et les tsunamis sont la conséquence du réchauffement climatique.

Autrement dit, l’activité humaine déclencherait des forces monumentales qui seraient capables de déplacer des roches enfouies à des profondeurs de plusieurs dizaines de kilomètres sous nos pieds.

C’est évidemment une vaste blague, et ça montre à quel point nous jouons à celui qui dira la plus grosse bêtise.

Tout aussi délicieux, François Gervais note que lors de la COP21, « 195 dirigeants accompagnés de 40 000 délégués, étaient réunis à Paris fin novembre 2015 pour prononcer un discours limité en principe à 3 minutes ».

La suite, nous la connaissons.

Les citoyens pleurent de joie, car leur vie vient d’être sauvée.

Le monde arrête progressivement toutes ses activités délétères, et l’air redevient respirable. Enfin, dans des dizaines d’années, nos petits-enfants se souviendront avec émotion de cette date.

Ça, c’est la version officielle.

La vraie version, c’est que la COP21 n’était que de la communication. Un immense plan marketing pour alléger la conscience des parties prenantes et donner l’impression que la situation était sous contrôle.

François Gervais n’aime pas les clowns menteurs.

Moi non plus.

Alors ce troisième refus a résonné en moi, autant que les deux autres.

À ce stade de l’article, nous pouvons d’ores et déjà dresser un bilan :

  • François Gervais nous a montré que les climatologues étaient faillibles, à l’instar de tout un chacun.
  • Il nous a ensuite révélé les intérêts économiques de l’urgence climatique, qui sont assez sordides.
  • Enfin, il vient de dévoiler l’incompétence de ceux qui parlent fort et pourtant ne savent rien.


C’est une excellente analyse de la situation actuelle, grâce à un beau travail de documentation.

Pourtant, son livre L’urgence climatique est un leurre a subi une levée de boucliers généralisée dans les rédactions de journaux.

Quelle peut bien être la raison de cette réponse offensive ?

Les approximations scientifiques du livre de François Gervais

Le livre de François Gervais est provocateur.

Il suffit de lire son titre pour s’en convaincre. Outre le haut-le-cœur qu’il m’a provoqué (je digère assez mal les titres racoleurs), je ne peux que reconnaître qu’il concentre en son sein toute la thèse de François Gervais.

Sa thèse, c’est de se porter en faux contre cette urgence climatique décrétée par des gens qui n’y connaissent rien, sur la base de travaux imparfaits et dont les intérêts économiques sont titanesques.

Et nous venons de le voir, ses arguments sont solides.

Mais non content de contester l’urgence climatique politique et économique, François Gervais conteste la pertinence scientifique du changement climatique.

Car son grand combat, c’est le CO2 et les modèles prédictifs.

Il scande avec force l’innocence du CO2 dans la température mondiale, et il s’attache à démontrer que prédictions du GIEC ne sont pas crédibles.

Je ne me risquerai pas à répondre à ses thèses. Car souvenez-vous de l’introduction de cet article : le climat n’est pas ma spécialité.

En revanche, j’ai pris quelques notes sur son apport scientifique.

Les faiblesses des modèles du GIEC (que François Gervais critique)

François Gervais aime à rappeler que les modèles climatiques sur lesquels le GIEC s’appuient sont perfectibles.

Et il a infiniment raison.

Car le but de ces modèles est de prévoir les températures que nous connaîtrons dans les 70 prochaines années.

Le problème, c’est que l’évolution du climat est hautement imprévisible, et la seule chose qu’on peut faire, c’est des modèles simplifiés.

Dès lors, les climatologues s’arrachent les cheveux pour récolter une somme astronomique de données de température, d’humidité, de la vitesse des vents, de la composition de l’air et tant d’autres paramètres.

Ils appliquent ensuite des formules de thermodynamique et de dynamique des fluides (je leur laisse ce plaisir) pour essayer de prévoir le comportement de l’atmosphère, afin de calculer les températures futures.

De cette manière, ils essaient de baser leurs prévisions sur des mesures tangibles.

Mais leurs modèles sont des modèles simplifiés.

Les climatologues ne peuvent pas décemment prétendre qu’ils savent la température qu’il fera dans 70 ans. En revanche, ils font des scénarios et donnent les résultats qu’ils obtiennent, avec une incertitude assez élevée néanmoins.

La méthode sur laquelle se basent les rapports du GIEC consiste donc à prendre des mesures réelles, les mettre dans une boîte noire, et ainsi créer des scénarios de températures sur les prochaines dizaines d’années.

François Gervais note à juste titre que ces modèles sont approximatifs.

En effet, ils ne prennent la température que tous les 100 km, et on sait tous que la température peut largement varier sur cette distance.

Il note aussi que les modèles sont assez peu efficaces pour coller exactement aux températures passées (avec notamment une chute entre 1945 et 1975). Dès lors, il semble compliqué de prévoir avec précision les températures futures.

Enfin, François Gervais fustige les incertitudes de +/- 1°C dans les prévisions de températures pour chaque scénario.

Sur ces points, il a parfaitement raison.

La méthode appliquée par les climatologues pour établir leur modèle est une simplification de la réalité.

Inévitablement, ça amène à des incertitudes et des erreurs. Et ça agace François Gervais.

Alors il propose un autre modèle.

Le modèle mathématique de François Gervais

Son modèle se base sur l’évolution des températures entre 1880 et aujourd’hui.

Il a en effet remarqué que sur cette période, la température mondiale variait de manière périodique avec des augmentations et des baisses de températures assez régulières.

courbe évolution des températures de 1880 à 2016 François Gervais

On le voit effectivement très bien : la courbe des températures suit la courbe en pointillés (qui n’est rien d’autre qu’une courbe sinusoïdale ascendante avec une période de 60 ans) qui présente une augmentation de température de 0,6°C par siècle.

Son modèle s’arrête ici.

Certes, il ajoute nombre d’explications qui viennent solidifier son hypothèse, avec notamment les cycles du soleil ou l’oscillation Atlantique multidécennale.

Mais il n’intègre en aucun cas leurs implications physiques.

Dès lors, que vaut son modèle ?

Nous pouvons déjà noter que sa courbe sinusoïdale ascendante colle très bien aux mesures de températures. Sur ça, il n’y a rien à dire.

Mais du reste, nous ne pouvons que constater que ce modèle est un peu léger pour prévoir le futur.

Si le « cycle » (car ce n’est pas vraiment un cycle si c’est ascendant) se reproduit deux fois de suite, ça ne nous garantit en aucun cas que ça se reproduira une troisième fois.

Encore moins une quatrième fois.

Et encore moins une cinquième fois.

Bref, ça ne prévoit pas le futur.

Instinctivement, on le comprend très bien : ce n’est pas parce que j’ai lancé le ballon deux fois de suite dans le panier de basket que le troisième lancer sera gagnant. Michael Jordan savait que l’expression « jamais deux sans trois » avait la même valeur que « une de perdue, dix de retrouvées ».

C’est dommage, car les modèles mathématiques peuvent être pertinents quand on veut prévoir le comportement d’un phénomène très complexe.

Les traders utilisent d’ailleurs beaucoup ce genre de modèles pour avoir une idée de l’évolution des actions dans le futur proche.

Mais dans le cas du climat, nous avons des données.

Alors même si les modèles prédictifs sont perfectibles, ils restent suffisamment pertinents pour dépasser sans effort des modèles mathématiques totalement désindexés de la réalité (comme celui de François Gervais).

Une courbe mathématique superposée à des mesures sur seulement deux « cycles » ne peut pas être considérée comme un modèle prédictif.

Au mieux, c’est un coup de chance.

Pour le valider, il aurait fallu l’étendre sur plusieurs siècles, pour prouver la récurrence du « cycle ». Il ne le fera pas, il sait que ça discréditerait totalement son modèle. Car les températures sur les 2000 dernières années ne montrent en aucun cas une telle périodicité de 60 ans.

Il aurait dû se satisfaire de son analyse au vitriol de notre société apeurée par le changement climatique.

Mais il ne s’en est pas contenté.

Pire, il a continué de creuser sous ses pieds.

Oublis et modifications étonnantes : les dessous du modèle de François Gervais

Plus tôt, nous avons évoqué les arrangements avec la réalité auxquels certains chercheurs cédaient pour valider leurs modèles.

Dans son livre, François Gervais ne s’est pas privé de se moquer de leur faiblesse.

Le problème, c’est qu’il a fait pareil.

courbe évolution des températures HadCRUT4 François Gervais

La figure précédente a été obtenue par Le Réveilleur dans une vidéo qu’il a adressée à François Gervais.

Cette figure retranscrit simplement le jeu entier de données dont François Gervais s’est servi pour élaborer son modèle. Ces données sont fournies par le Hadley Center, qui leur a donné le joli nom de HadCRUT4.

Quand on regarde l’axe horizontal, on voit que les données s’étalent de 1850 à 2016.

Étonnamment, François Gervais a totalement supprimé les données de températures entre 1850 et 1880.

Mais quand on regarde de plus près, on comprend très bien pourquoi.

Entre 1850 et 1880, la température ne suit pas du tout la courbe sinusoïdale ascendante qui fait office de modèle prédictif. Intégrer les données de cette période sur le graphique compromet donc immédiatement la validité du modèle.

François Gervais a trouvé la solution : il suffit de s’en séparer.

Mais ce n’est pas tout.

Car quand on regarde la température après les années 2000, on constate qu’elles ne suivent pas non plus la courbe. Difficile d’enlever ces années-là de la figure, ça serait trop louche.

La solution choisie par François Gervais est géniale : il accole aux données du Hadley Center d’autres données de températures fournies par satellite (donc fiables, rien à dire sur ça), qui s’accordent mieux à son modèle.

Mais il ne fait nulle part mention de la divergence qui a causé cette pirouette.

Et lorsqu’on lit ce graphique pour la première fois, on ne peut que constater la validité de son modèle sur la période étudiée, sans imaginer ce qui se cache derrière.

Ainsi, il vérifie la devise des cours de récréation : « c’est celui qui dit qui l’est ».

Car il est excellent pour éclairer les faiblesses des autres, mais il reproduit les mêmes schémas qu’il condamne.

Sa crédibilité scientifique se trouve sérieusement entachée par ces erreurs de débutant.

Mais ça soulève un problème.

Car si aucun doute n’est possible quant à sa compétence sur les questions climatiques (qui sont aussi modestes que les miennes), tout n’est pas à jeter dans son livre.

Il a été vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires, et de nombreux lecteurs s’y sont retrouvés, malgré les faiblesses scientifiques de l’ouvrage.

C’est bien la preuve qu’un fossé immense s’est creusé entre les scientifiques le reste de la population.

Une très grande partie de la population s’est en effet détournée des scientifiques pour écouter ceux qui ont su répondre à leurs angoisses et à leurs questions. Dès lors, il serait plus constructif d’apprendre de ces gens plutôt que de les attaquer.

Je me suis alors demandé ce que François Gervais avait à nous apprendre.

François Gervais et les enseignements d’un climatosceptique

François Gervais est loin d’être un idiot.

Il a très bien identifié la crise de confiance de notre époque, et il y répond avec ses convictions.

Le succès de son livre illustre trois grands axes que nous ferions mieux d’observer plutôt que de lui cracher au visage.

Le premier axe concerne notre réaction face aux grands mouvements historiques.

Il est plus simple de ne pas voir la crise climatique

L’Histoire – avec un grand H – est jonchée de bouleversements.

L’humanité a traversé des centaines de crises, des guerres, des effondrements civilisationnels et d’autres joyeusetés. Cette densité de catastrophes transforme chaque évènement en tournant historique potentiel.

Mais le problème, c’est que ces grands changements sont parfaitement imprévisibles.

Et le plus souvent, on réalise leur importance bien après que les premières conséquences nous soient tombées sur le coin du nez.

Car nous, les humains, nous sommes comme ça.

Notre psychologie est ainsi faite que nous nous rassurons constamment sur la normalité de la situation que nous sommes en train de vivre. C’est un réflexe auquel nous pouvons difficilement échapper complètement, car il est ancré dans nos gênes.

Ce réflexe s’explique par trois mécanismes d’adaptation sociale.

1. La diffusion de la responsabilité

Elle consiste à penser que les individus ne sont pas responsables des comportements de groupe.

Ainsi, le soldat qui tue un ennemi ne se sent pas responsable de la guerre, puisque son supérieur ne lui a pas laissé le choix.

2. La construction d’une réalité sociale

Elle permet de décider de l’importance d’un événement selon la voix de la majorité.

C’est très malin, car ça permet de réduire les mauvaises interprétations grâce à la diversité des points de vue qui s’affrontent.

3. La peur du ridicule

Elle nous retient de tirer des conclusions hâtives qui pourraient s’avérer ridicules dans le futur.

Car contrairement à ce qu’on croit, le ridicule tue.


Mais cette inclination à se conformer à l’avis du plus grand nombre a une conséquence : on est naturellement portés à ne pas voir les changements.

On refuse de les accepter, et on contraint notre réalité pour qu’elle s’intègre au cadre confortable du quotidien que nous connaissons bien.

C’est évidemment une erreur, puisque ça nous empêche de réagir à temps lorsque les prémices d’une catastrophe apparaissent. On fait la sourde oreille, et on se rassure en vivant comme nous avons toujours vécu.

La question climatique ne fait pas exception : nous préférons penser que les choses ne vont pas si mal.

Et nous nous tournons plus facilement vers ceux qui légitiment notre optimisme. Ça ne fait pas de nous des moutons idiots, mais c’est assurément un mécanisme inconscient auquel nous sommes tous sensibles.

Ainsi, on peut attribuer une partie succès du livre de François Gervais à sa capacité à conforter notre besoin de normalité.

Il serait alors bon de comprendre cette tendance que nous avons tous, pour ne pas agresser les gens lorsqu’on croit apercevoir un changement se profiler.

L’idée n’est pas forcément de nier les risques, mais au moins de faire preuve de souplesse.

C’est à cet endroit qu’arrive la deuxième grande leçon : nous en avons tous marre des militants qui nous assomment de reproches.

La lassitude du militantisme moralisateur

Le meilleur exemple est incarné par Greta Thunberg.

Prononcer son nom est aujourd’hui le moyen le plus sûr de déclencher une dispute. Car son discours divise la population avec une force remarquable.

Ce que dit Greta Thunberg est simple : la Terre se réchauffe dangereusement et il serait temps d’assumer.

Et je pourrais difficilement la contredire.

En revanche, j’ai beaucoup de choses à redire sur la manière dont elle scande ses idées. Car à l’inverse de nous intimer d’écouter ce que peuvent dire les scientifiques, elle nous gronde sévèrement.

Alors elle divise.

D’un côté, il y a ceux qui ne se sentent pas visés.

Eux, pour la plupart, jubilent de voir enfin quelqu’un mettre une raclée à ceux qui ont le mauvais goût de ne pas avoir les mêmes idées.

Et de l’autre côté, il y a ceux qui comprennent que son discours s’adresse à eux.

Ils ne se laissent alors certainement pas faire, puisqu’ils rejettent en bloc toutes les accusations. Et par réflexe, ils radicalisent encore plus leur pensée.

Greta Thunberg est donc l’exemple à ne pas suivre.

Car elle incarne le militant qui fait une démonstration implacable de notre imperfection sans offrir de porte de sortie. Aurélien Barrau – dont j’admire le travail – est parfois lui aussi tenté par ce mauvais réflexe.

François Gervais est conscient de ce militantisme sermonneur, puisqu’il en fait les frais.

Alors il lui suffit simplement de récupérer sans forcer tous ceux que les discours moralisateurs de l’urgence climatique fatiguent. Il se nourrit des erreurs de ses opposants. C’est une opportunité en or pour solidifier son audience qui ne cesse de grandir, car ces discours-là sont devenus une norme.

Dès lors, il faut éviter à tout prix cette stratégie stérile du militant.

La solution, c’est de voir les gens tels qu’ils sont réellement.

Nous sommes tous faillibles et remplis d’idées préconçues, mais nous sommes aussi capables de réfléchir et de confronter notre pensée pour l’enrichir toujours plus.

Si on prend l’exemple du climatosceptique, c’est simplement celui qui refuse qu’on lui dise quoi penser. Alors il fait ses recherches par lui-même, et tire ses conclusions. Ça ne l’empêche pas de se tromper, mais lui reprocher son scepticisme est tout sauf scientifique.

Cette faillite du militantisme n’est néanmoins toujours pas suffisante pour expliquer le succès de François Gervais.

Car pour convaincre autant de monde, il faut faire preuve de trois qualités qu’Aristote a mises en lumière.

L’art d’être convaincant, selon Aristote

Sans ces qualités, personne ne reconnaîtra d’autorité à ce que nous exposons.

Alors sans plus attendre, les voici :

  • La phronésis, qui témoigne de la compétence et du bon sens de ce que nous disons,
  • L’arété, qui démontre notre vertu et notre morale,
  • Et l’eunoia, qui tient de la bienveillance que nous portons à interlocuteurs.

Et sur ces trois points, le livre L’urgence climatique est un leurre est une démonstration de force.

Il commence par installer la preuve de ses compétences en multipliant les exposés sur différents domaines de la science climatique.

Il nous éclabousse et nous perd en multipliant les formules mathématiques et le jargon scientifique.

À ma première lecture, je n’ai pas tout compris, mais j’avais l’impression d’être face à quelqu’un qui maîtrisait son sujet. Face à tant de science, on ne peut qu’avoir confiance dans ses compétences.

Mais il ne s’arrête pas en si bon chemin.

Il poursuit sa démonstration et montre sa vertu en blâmant ses homologues scientifiques qui se laissent séduire par la tricherie ou les financements faciles.

On se dit alors que condamner avec autant d’énergie les faiblesses des autres est forcément le signe d’une morale inflexible.

Enfin, il nous prouve sa bienveillance envers nous par sa cible.

En effet, il ne nous cible pas nous.

Nous, il veut nous partager la vérité que les grands et les puissants nous cachent. Il assure ainsi sa sympathie pour ceux qui prendront le temps de le lire.


Dans son livre, il collectionne avec une facilité déconcertante les trois qualités essentielles à un discours convaincant. Et ce faisant, il pose la dernière pierre d’une œuvre qui était conçue pour conquérir inévitablement des dizaines de milliers de lecteurs.

Voilà donc les leçons que nous devrons tirer du livre de François Gervais.

Il s’agira de les suivre, pour s’assurer que nos discours deviennent aussi convaincants que celui de François Gervais.

En somme, si on occulte sa fragilité scientifique, ce livre est un bon livre. Et les lecteurs ne s’y sont pas trompés en le couvrant d’éloges.

Néanmoins, il est inquiétant de réaliser que des milliers de lecteurs ont été convaincus par les thèses de François Gervais, pour qui le changement climatique n’est en aucun cas d’origine anthropique.

Ces lecteurs se satisferont de cette lecture, et il se pourrait qu’ils le regrettent dans quelques années.

Dès lors, au-delà des leçons que nous pouvons en tirer, il me semble que ce livre pose une dernière question fondamentale : que faire à propos du climat ?

francois gervais par ©jean charles barbe 3

Comment agir pour le climat (et ne pas regretter)

La seule réponse que je trouve est simple : il faut agir, quoi qu’il arrive.

Et comme Albert Camus nous l’a brillamment rappelé au début de cet article, la seule manière d’exercer son humanité est de refuser le confort de la tyrannie et de la servitude.

Voilà donc ce que nous devons faire.

La science est un outil, et ce que nous disent les scientifiques doit être pris comme tel. Tout comme ce que peuvent en dire les médias ou les politiques.

Il en va de même pour les sciences du climat.

Il est impossible de prévoir avec certitude le climat que nous connaîtrons à la fin de ce siècle. En revanche, il est possible d’entendre ce que disent les scientifiques, qui voient venir un danger inquiétant.

Dès lors, l’enjeu est d’intégrer la question climatique pour éviter de négliger ce qui pourrait ne pas être négligeable.

L’idée sera ensuite de trouver nos propres combats, et de s’y consacrer, le cœur léger.

J’ai plein de combats.

L’un d’entre eux est contre la tyrannie de l’hydrocarbure. Ça fait à mon goût beaucoup trop longtemps que l’hégémonie du pétrole a duré, et il me semble nécessaire d’y mettre un terme.

Le pétrole pollue, les pétroliers appauvrissent la Terre et ils n’offrent aux foules aucune alternative.

Je compte donc participer à leur remplacement par une solution plus sereine.

La moto électrique que je conçois est alors la pointe de ma première épée, et son but est de montrer à chacun et chacune qu’une autre mobilité est possible.

Merci d'avoir lu jusqu'ici ! Maintenant, c'est à vous de vous exprimer.